La coopération économique entre la République Démocratique du Congo et la Namibie s’apprête à franchir un cap décisif. Le ministre de l’Économie nationale, Jean-Marie Kalumba, a conduit une mission d’une dizaine de jours à Windhoek, visant à jeter les bases d’un accord commercial structurant. L’objectif est clair : sécuriser l’approvisionnement de la RDC en chinchards, des poissons très prisés à Kinshasa, et mettre un terme aux pratiques spéculatives qui pénalisent les consommateurs. Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement des relations internationales en Afrique australe. Au-delà du simple cadre contractuel, cette démarche traduit une volonté politique de formaliser les échanges afin de garantir la stabilité des prix et de protéger le pouvoir d’achat des ménages congolais. Les discussions ont permis d’aborder les aspects tarifaires, logistiques et réglementaires, avec une attention particulière portée au rôle des industriels namibiens et des importateurs locaux. Le poisson chinchard, véritable pilier alimentaire à Kinshasa, est au cœur de ce futur partenariat. Selon les autorités namibiennes, environ 90% des exportations de cette espèce sont destinées au marché congolais. Une dépendance mutuelle qui rend nécessaire la conclusion d’un accord-cadre. Lors de la visite de la délégation congolaise, le ministre namibien de la Pêche et de l’Élevage s’est montré très favorable à une contractualisation rapide. Le potentiel démographique congolais constitue un argument de poids dans les négociations. Comme l’a souligné Jean-Marie Kalumba, avec une population dépassant les 80 millions d’habitants, dont 14 millions rien qu’à Kinshasa, les possibilités d’échanges commerciaux sont considérables. L’objectif est désormais d’aboutir à un contrat bénéfique aux deux nations, permettant à la RDC de stabiliser les prix sur ses marchés et à la Namibie de consolider ses débouchés. La mission effectuée à Windhoek a été marquée par une série de rencontres stratégiques avec les principaux acteurs économiques. Les échanges avec le ministre namibien des Finances ont permis de clarifier les mécanismes de fixation des prix à l’exportation et les procédures douanières. Un point crucial pour éviter les écarts et les abus constatés par le passé. À Walvis Bay, à environ 400 kilomètres de la capitale, les industriels locaux ont ouvert leurs portes à la délégation congolaise. Une visite très instructive, notamment celle de la société TUNACOR, le plus grand exportateur de chinchards vers la RDC. En parcourant toute la chaîne de traitement, de la réception à l’emballage, le ministre congolais et ses experts ont pu mesurer les exigences de qualité du produit. Le directeur général de TUNACOR s’est déclaré disposé à collaborer étroitement avec le gouvernement congolais dans le cadre d’un éventuel accord. Ce projet d’accord ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans un contexte régional où plusieurs initiatives similaires sont en cours. La République du Congo et la Namibie, par exemple, ont récemment signé des accords de coopération dans les domaines politiques et diplomatiques, ainsi que sur la formation professionnelle. Les deux pays sont également engagés dans l’opérationnalisation complète de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), dont les bénéfices sont attendus à l’horizon 2030. La RDC, de son côté, intensifie sa diplomatie économique, comme en témoignent les discussions avec le MERCOSUR ou avec l’Éthiopie pour un accord commercial bilatéral. Pour Jean-Marie Kalumba, l’enjeu dépasse la simple importation de poissons. Il s’agit de défendre le concept de « juste prix » pour les produits de première nécessité, afin de protéger les consommateurs congolais. Depuis son arrivée au ministère, il milite pour mettre fin aux abus de certains importateurs et veiller au respect de la marge bénéficiaire autorisée par la législation nationale. La formalisation d’un contrat avec la Namibie est un moyen concret d’y parvenir, en imposant une transparence totale sur les coûts à l’importation. La signature de cet accord commercial pourrait intervenir dans les tout prochains jours. Il marquerait une avancée majeure pour la coopération économique entre Kinshasa et Windhoek, tout en envoyant un signal fort aux investisseurs et aux opérateurs économiques des deux pays.Le chinchard, pivot du commerce bilatéral entre la RDC et la Namibie
Des consultations approfondies pour bâtir un cadre transparent
Une démarche de longue haleine vers la formalisation d’un accord signé
Les étapes clés de la mission vers Windhoek

Journaliste depuis près de vingt ans, il dirige une rédaction installée à Kinshasa avec des correspondants à Goma, Lubumbashi et Bukavu. Il défend une information vérifiée, croisée et documentée, qui prend le temps d’expliquer plutôt que de courir après l’urgence.