Le chikungunya, dont le nom d’origine makondé signifie évocation d’une posture courbée, a marqué l’histoire sanitaire des régions tropicales. Transmis par la piqûre de moustiques du genre Aedes, ce virus à ARN continue de préoccuper les autorités de santé, des décennies après son identification. La compréhension de sa transmission, la reconnaissance de ses symptômes et les options de traitement demeurent des enjeux essentiels pour les voyageurs comme pour les populations locales.
Le virus du chikungunya : origines et mode de transmission
Identifié au début des années 1950, le virus du chikungunya a provoqué des épidémies massives en Asie du Sud-Est et en Inde avant de refaire surface lors d’épisodes d’une violence inédite dans l’océan Indien en 2005 et 2006. Les Antilles ont ensuite été frappées en 2013 et 2014, entraînant plusieurs centaines de cas importés en France métropolitaine.
La transmission s’effectue exclusivement par la piqûre de moustiques femelles infectés, principalement Aedes aegypti et Aedes albopictus, ce dernier étant plus connu sous le nom de moustique-tigre. Une transmission materno-néonatale, de la mère infectée à son nouveau-né, est également possible mais demeure rare.
Le moustique-tigre, un vecteur désormais implanté en Europe
La physiopathologie du chikungunya reste partiellement élucidée. Chez l’animal, le virus se multiplie dans les tissus lymphoïdes, les muscles, les articulations, le foie et le système nerveux central. Chez l’humain, il passe rapidement dans le sang et a été retrouvé dans le liquide céphalo-rachidien de patients atteints d’encéphalite.
Le moustique-tigre a colonisé le sud de l’Europe, et des cas autochtones sont survenus en Italie en 2007 ainsi que dans le sud-ouest de la France en 2010. L’immense majorité des cas observés en métropole reste toutefois importée de zones épidémiques, un constat qui oriente les messages de prévention à destination des voyageurs.
Épidémiologie : une répartition géographique étendue
Le chikungunya sévit principalement dans les îles de l’océan Indien, en Asie, aux Antilles et en Afrique. À La Réunion et à Mayotte, l’infection a touché plus d’un tiers de la population lors des épidémies passées, un chiffre qui illustre l’intensité de la circulation virale dans ces territoires.
Les zones concernées incluent notamment :
- 🌍 Îles de l’océan Indien : La Réunion, Mayotte, Madagascar, île Maurice, Seychelles, Maldives
- 🌏 Asie du Sud et du Sud-Est : Inde, Pakistan, Sri Lanka, Indonésie, Cambodge, Laos, Chine
- 🌴 Amériques : Martinique, Guadeloupe, Guyane française
- 🌍 Afrique : Tanzanie, Kenya, Sénégal, Nigeria, Gabon, Afrique du Sud, entre autres
- 🇫🇷 Océanie : Nouvelle-Calédonie, frappée par des épidémies récentes
L’Europe n’est pas épargnée, notamment depuis l’installation durable du moustique-tigre dans plusieurs départements français. Les autorités sanitaires maintiennent une surveillance active pour détecter précocement d’éventuelles chaînes de transmission autochtone.
Symptômes du chikungunya : une arthralgie révélatrice
La période d’incubation, entre la piqûre infectante et l’apparition des premiers signes, est de deux à six jours. Certaines personnes infectées ne développent aucun symptôme, mais d’autres voient la maladie débuter de façon soudaine. Une fièvre élevée, des douleurs articulaires intenses appelées arthralgie, et une éruption cutanée transitoire composent la triade classique.
Des myalgies, des céphalées, des troubles digestifs et parfois des petites hémorragies peuvent s’y ajouter. La fatigue touche près de la moitié des malades et s’avère particulièrement invalidante. Chez certains patients, les manifestations rhumatologiques persistent plusieurs mois, voire plusieurs années. Comment distinguer le chikungunya d’autres affections virales ? Seule une analyse biologique permet de confirmer le diagnostic.
Les formes sévères et le diagnostic biologique
Si le chikungunya est réputé bénin, il a été impliqué dans des décès et peut donner des formes graves, notamment chez les personnes âgées ou fragilisées. Le diagnostic biologique repose sur la détection du virus ou de son matériel génétique par technique PCR, ou sur la mise en évidence d’anticorps spécifiques par sérologie.
Traitement du chikungunya : une prise en charge symptomatique
Aucun traitement spécifique n’existe à ce jour contre le virus du chikungunya, et aucun médicament antiviral n’a démontré son efficacité. La prise en charge repose sur le soulagement des symptômes, en particulier à la phase aiguë, avec des antalgiques et des anti-inflammatoires non stéroïdiens.
Une mention particulière s’impose : l’aspirine doit être évitée en raison du risque hémorragique. Le repos est essentiel pour lutter contre la fatigue, et une hydratation régulière est recommandée. Dans les formes chroniques avec persistance des douleurs articulaires, une prise en charge rhumatologique peut être proposée.
Prévention : se protéger des piqûres de moustiques
En l’absence de vaccin, la prévention du chikungunya repose entièrement sur la protection contre les piqûres de moustiques. La destruction des gîtes larvaires et des moustiques adultes s’avère indispensable pour interrompre le cycle de transmission de la maladie.
Les recommandations du Comité des maladies liées aux voyages et d’importation insistent sur la protection individuelle : vêtements imprégnés d’insecticides, répulsifs cutanés, moustiquaires pour les plus jeunes. Voici les répulsifs recommandés :
- 🦟 DEET : concentration de 30 à 50 %
- 🦟 Picaridine : concentration de 20 à 35 %
- 🦟 IR3535 : concentration de 20 à 30 %
- 🦟 Citriodiol : concentration de 20 à 30 %
Les bracelets anti-insectes, appareils à ultrasons, vitamines B1 et autres remèdes commerciaux se sont révélés inefficaces. Les huiles essentielles sont déconseillées en raison des risques allergiques et photosensibilisants. Une crème solaire doit être appliquée vingt minutes avant le répulsif cutané pour préserver son efficacité.
La prévention autour de l’habitation
Supprimer les eaux stagnantes reste la mesure la plus efficace : coupelles de pots de fleurs, gouttières, piscines non couvertes et collecteurs d’eau doivent être surveillés. La pulvérisation d’insecticides dans les habitations, les diffuseurs électriques et les grillages anti-moustiques constituent des compléments utiles.
Pour les jeunes enfants avant l’âge de la marche, les moustiquaires imprégnées d’insecticides autour des berceaux et poussettes demeurent la méthode la plus efficace. Les femmes enceintes et les nourrissons de moins de six mois doivent privilégier cette approche mécanique.
Quand consulter un spécialiste ?
Le chikungunya relève de la maladie infectieuse et tropicale, une spécialité exercée le plus souvent à l’hôpital. Les médecins de cette discipline prennent en charge les pathologies dues aux microbes, des bactéries aux parasites, dans un contexte où la multiplication des voyages accentue les cas importés.
Face à la progression du moustique-tigre et aux modifications climatiques, les services hospitaliers voient affluer davantage de patients atteints de pathologies tropicales. La recherche poursuit l’exploration de pistes vaccinales, laissant entrevoir une évolution probable dans la prévention de cette virose.
La clé reste la vigilance : connaître les zones à risque, reconnaître les symptômes et se protéger des piqûres, en particulier lors des déplacements en zone tropicale.

Journaliste depuis près de vingt ans, il dirige une rédaction installée à Kinshasa avec des correspondants à Goma, Lubumbashi et Bukavu. Il défend une information vérifiée, croisée et documentée, qui prend le temps d’expliquer plutôt que de courir après l’urgence.