Lucha-Filimbi : “nos prisons”, lettre ouverte des anciens prisonniers politiques et d’opinions adressée au président Félix Tshisekedi.

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Monsieur le Président de la République Démocratique du Congo,
(avec l’expression de nos hommages le plus différents).

NOS PRISONS SONT DES CAMPS DE CONCENTRATION ENTRETENUS PAR L’ÉTAT !

Monsieur le Président,
La Constitution de la République Démocratique du Congo et bien d’autres instruments juridiques internationaux ratifiés par notre pays garantissent le droit à la vie, le respect de la dignité humaine des tous les congolais libres comme emprisonnés.

Cependant, depuis plusieurs années, l’image que reflètent les prisons de la République Démocratique du Congo n’augure guère le respect des droits inhérents à la personne humaine. Elles sont caractérisées par les mauvaises conditions de détentions (manque de nourriture, des soins de santé, d’eau potable…), la vétusté des infrastructures pénitentiaires, l’absence de formation des agents pénitenciers, l’absence de contrôle de la procédure disciplinaire, l’absence des infrastructures hygiéniques adéquates, la surpopulation carcérale, etc.

Bien qu’ils s’observent des particularités selon qu’on se retrouve dans tel ou tel autre coin du pays, ces problèmes sont omniprésents dans la quasi-totalité des prisons en RDC. Ils font ressembler nos maisons carcérales aux véritables mouroirs où planent le climat de jungle, d’insécurité, et tribulation permanente.
Il est à noter que presque la quasi-totalité de nos centres pénitentiaires accueillent désormais le quadruple de la population carcérale prévue. Ce qui constitue une grave entrave, réduisant les personnes humaines à l’état bestiale, par des méthodes surannées proches de l’Allemagne Nazie. À titre indicatif, la prison centrale de Kisangani a vu sa population carcérale triplé (de 350 à 1221 en 2019), entrainant une promiscuité sans précédent. On retrouve dans celle-ci plus de 80 détenus dans chaque dortoir de 30m/10, entassés comme de sardine, dormant sur la pavée, sans couverture, ni matelas, ni moustiquaire.

Plus pire que cela, la prison centrale de Kinshasa construite pour accueillir 1500 prisonniers, elle regorge à ce jour presque 9000 détenus ; donc le sextuple de ce qui avait été prévu initialement. Imaginez cher président, l’ampleur du désastre sanitaire ! N.B : 90% des détenus à MAKALA comme ailleurs, ne sont pas condamnés, ils sont prévenus.

Monsieur le Président,
Votre arrivée au pouvoir en 2019, avait certes donné un signal fort en ce qui concerne les mauvaises conditions de détention par la très salutaire décision de fermeture de tous les cachots de persécution de l’Agence Nationale des Renseignements et autres lieux de détentions secrètes.

Nous vous en félicitons.
Par contre les conditions de détention dans les différentes maisons carcérales sont restées dramatiques, et se dégradent au jour le jour. Les guéguerres entre le Ministre national en charge de la justice et son collègue des finances sur la prise en charge encore précaire des prisons en détresse nous pousse à questionner la place de l’Homme, censé être au centre du développement selon votre programme de gouvernance.

Ces conditions devraient vous choquer cher président de la République, comme elles affectent notre communauté. Pour la première année de votre quinquennat, plus d’une centaine de prisonniers en RDC sont morts par manque de nourriture, eau, soins de santé et aussi pour le surpeuplement qui tue à petit feu. Le mauvais traitement dont sont victimes les détenus est un crime inqualifiable.
Monsieur le Président,
Les personnels pénitentiaires sous qualifiés et non motivés, contribuent dans la plupart des prisons à rendre le séjour des détenus plus difficile. Pire encore, les visites de familles de détenus sont monnayées par les policiers et agents commis à la garde des prisons ; pendant que les premiers jours sont monnayés par les gouvernements internes de détenus qui abusent des droits des autres détenus sous l’œil complice et impuissant des gardiens. Le cas de la prison centrale de Kisangani, les prisonniers qui s’hasardent à ne pas payer ces frais dit de bougie sont soumis aux travaux d’évacuation des futs des matières fécales qui servent de fausses sceptiques pour les latrines. Ceci est similaire dans d’autres maisons carcérales dans le territoire national.
Monsieur le Président,
Au vu de ce qui précède, nous défenseurs de droits de l’Homme et anciens prisonniers politiques et d’opinions disséminés à travers toute la République Démocratique du Congo ; témoins oculaires des conditions macabres de détention sous le régime de Kabila ;
Conscient de la faillite structurelle, fonctionnelle et opérationnelle du système pénitentiaire congolais, avec son corolaire la désorganisation des maisons carcérales ;

Considérant que les antivaleurs et les violations graves des droits des détenus sont des tares contre l’émergence d’un Etat dit ‘’de droit’’ ;
Nous vous recommandons :

D’accélérer la réforme de la justice afin d’assainir l’appareil judiciaire gangrené par la corruption, la concussion, la politisation et le tribalisme qui poussent certains magistrats d’écrouer des prévenus par quête du lucre ou par excès de pouvoir.
 D’ordonner les états généraux de la justice afin d’établir éventuellement la libération de certains prévenus pour diminuer la population carcérale.

De repenser le régime carcéral, par la réforme du système pénitentiaire congolais vieux de la colonisation.

De viabiliser les prisons du pays en les dotant des infrastructures hygiéniques adéquates, espace de loisirs et des équipements d’usage collectif ; et ordonner la fermeture des prisons dont les infrastructures sont gravement délabrées et ne répondent plus aux standards acceptables.

Renforcer les capacités des agents pénitenciers et des éléments de la police sur les droits et devoirs des prisonniers.
De prendre des mesures incitatives de renforcement de l’autorité pénitentiaire à l’intérieur des maisons carcérales pour dissuader les organisations internes des détenus qui sont source du désordre et du rançonnage dans les prisons congolaises.
De valoriser la main d’œuvre carcérale pour des projets et initiatives de développement.
Monsieur le Président,
Puisque le prisonnier fait aussi parti du PEUPLE D’ABORD, nous attendons de vous une suite favorable à notre démarche.

POUR LA CAMPAGNE SOSPRISONS :

Dr. Jacques ISSONGO Carbone BENI

Lucha Filimbi

Thierry Kasongo
Rédaction
+243990210011

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