Edito: l’Afrique , il y a urgence !

Pour un continent comme l’Afrique, victime des mutations géopolitiques mondiales depuis 1453, il est urgent d’être sensible à toutes les évolutions de la politique internationale et aux nouveaux enjeux du destin du monde. Aujourd’hui, si l’Afrique apparait sur la carte de la puissance, c’est comme terrain de manœuvres de puissances occidentales ou des puissances émergentes, relève Pierre Buhler dans son ouvrage La puissance au XXe siècle, les nouvelles définitions du monde. Face à cette nouvelle donne géopolitique, l’absence d’une pensée stratégique des élites africaines doit inquiéter les observateurs africains de la politique internationale. Le dernier Sommet de l’Union Africaine tenu cette année à Addis-Abeba corrobore ces inquiétudes. Alors que la menace d’une nouvelle guerre mondiale se précise, l’attention de l’Union Africaine est tournée vers des questions de moindre importance pour la survie de l’Afrique dans un monde instable et incertain. « Gagner la lutte contre la corruption : un chemin durable vers la transformation de l’Afrique », tel a été le thème du dernier sommet. On se demande si les élites africaines vivent sur une autre planète ou s’il s’agit d’une cécité intellectuelle qui les empêche de voir le monde tel qu’il est.

Selon certains économistes et historiens, les risques des guerres entre les grandes puissances sont très élevés. Le système économique et financier qui régissait la planète depuis plus d’un demi-siècle est en train de disparaitre dans un trou noir. Après la crise économique de 2008-2009, une deuxième crise se profile à l’horizon, pire que la précédente. Or, l’histoire économique démontre que la sortie d’une crise se règle par la guerre. Comme la crise économique de 1929 engendra la deuxième guerre mondiale 1939-1945, cette prochaine crise est la matrice de la Troisième guerre mondiale. On peut même se demander si cette guerre n’a pas déjà commencé. En fait, le pape François a raison : « Nous vivons la troisième guerre mondiale par morceaux ».

A cet égard, les déclarations des présidents des États-Unis d’Amérique, de la Fédération de Russie et de la République populaire de la Chine annoncent déjà l’orage. En tournée asiatique, le président Trump de passage dans la base militaire d’Hawai a demandé à l’armée américaine d’être en alerte. De son côté, le président Chinois, Xi Jimping a ordonnée aux forces armées d’améliorer leur capacité de combat et de préparation à la guerre. Du côté de la Russie, le président Poutine a ordonné à l’industrie russe de se préparer à la mobilisation pour la guerre. Ces déclarations ont poussé d’autres pays à prendre position. Après la mise en place de la « Coopération structurée permanente » dans le secteur militaire (Pesco) par l’Union Eurpéenne, la chancelière allemande Angela Merkel a déclaré, au Forum de Davos en Suisse, que « l’Europe n’a pas été le continent le plus actif en matière de politique étrangère, et le fait que par le passé nous dépendions souvent des États-Unis, qui se concentrent maintenant sur eux-mêmes, nous oblige à dire : nous devons assumer plus de responsabilités ; nous devons prendre notre destin entre nos mains. » Et au Moyen Orient, sous l’investigation de l’Arabie saoudite, une coalition antiterroriste de 40 pays musulmans d’Asie et d’Afrique a été lancée pour faire face à l’Iran, la Syrie et l’Irak. De toute façon, l’article du journal anglais The Economist, publiée en ligne après le Forum de Davos est claire : « La prochaine guerre : le risque croissant de conflits entre les grandes puissances ».

Face ces grands bouleversements du monde et au risque de la prochaine guerre entre les grandes puissances, les États africains doivent organiser et moderniser leurs armées tout en définissant leurs stratégies communes autour des pôles de grandes armées africaines bien identifiées. Dans ces conditions, en cas des affrontements entre les armées étrangères sur le continent africain, il faut que les dégâts soient limités. Normalement, la présence des bases militaires des armées étrangères devraient inquiétés les dirigeants africains. Ce n’est pas le cas. Ces armées étrangères en cas des guerres entre grandes puissances finiront par trouver un compromis pour sauvegarder leurs intérêts. Il en découlera un nouveau partage de l’Afrique. C’est maintenant une grande leçon de l’histoire : après chaque guerre, les vainqueurs se partagent les territoires des vaincus et tracent de nouvelles frontières. La conférence internationale de Westphalie en 1648, Vienne en 1814 et Versailles en 1919 sont des illustrations parfaites. Evitons à l’Afrique une nouvelle tragédie. Il y a urgence !

Freddy MULUMBA

Partager

Pas de commentaires

Laisser une réponse