De Lumumba à Mobutu : tentatives d’indépendance économique

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Le président Joseph Kabila, à travers la promulgation du nouveau Code minier, a arraché l’indépendance économique de la RDC. Mais avant, P. Lumumba et le Président Mobutu avaient tenté leurs expériences.

La première tentative d’indépendance économique du Congo a été réalisée par le Gouvernement congolais du Premier ministre, Patrice Lumumba. Pour ce dernier, sans le contrôle de l’économie nationale par l’État congolais, l’Indépendance politique était une coquille vide. Il en a payé le prix : son assassinat par les services secrets américains et belges, le 17 janvier 1961. Cependant, il était convaincu que le peuple congolais « se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur. »

Après l’assassinat de P. Lumumba par les services secrets américains et belges avec la complicité de Mobutu, la deuxième tentative de récupération de l’indépendance économique a été celle menée par ce dernier à travers la nationalisation de l’Union Minière du Haut Katanga (UMHK).

En effet, après la récupération du portefeuille de l’État par l’État congolais à travers les accords de complaisance entre les Premiers ministres congolais Moïse Tshombe et belge Henry Spaak, le Gouvernement congolais opère sa première nationalisation : celle de l’Union Minière du Haut Katanga. À la base de cette nationalisation, la décision unilatérale prise par l’UMHK de majorer le prix du cuivre sans la consultation préalable des autorités congolaises. Le Président Mobutu interpréte cette décision comme une usurpation de pouvoir et estime que la multinationale se comporte comme un État dans un État.

Comme les Accords signés par Moïse Tshombe, les autorités belges et les sociétés privées, cette décision unilatérale de majorer le prix du cuivre n’était pas acceptée par les milieux politiques nationalistes. Cette décision de l’UMHK a suscité encore le contentieux belgo-congolais. En effet, les Accords Tshombe-Spaak de février 1965 sont remis en cause et présentés comme une sorte d’acte de trahison de M. Tshombe envers la nation congolaise au profit des milieux d’affaires belges.

Dans ces conditions, au mois de mai 1966, le Conseil des ministres congolais, en réaction à la décision de l’UMHK d’augmenter le prix du cuivre, prend une série de mesures. Premièrement, le taux des droits de sortie sur le cuivre est porté de 17 % à 30 % et les entreprises minières devraient fournir à l’État congolais 10 % des matières stratégiques extraits du sous-sol. Deuxièmement, le Conseil de ministres exige à toutes les sociétés de droit congolais de transférer leur siège social et administratif au Congo à partir du 1er janvier 1967.

Le 3 juin 1966, le Président Mobutu déclare solennellement clos le contentieux belgo-congolais. Il prend des mesures unilatérales, valables aussi pour l’Union Minière : blocage de comptes des sociétés dont les titres revenant au Congo, dissolution de certaines sociétés et saisie de bâtiments des sociétés belges au Congo.

Pour soutenir la nationalisation, la loi Bakajika sur la révision du régime des concessions minières et forestières est promulguée le 7 juin 1966. En vertu de cette loi, la République du Congo reprend la pleine et libre disposition de tous les droits fonciers, forestiers et miniers concédés avant le 30 juin 1960, date de l’Indépendance du Congo.

Ces mesures prises par le Gouvernement congolais sont rejetées par l’UMHK. La multinationale refuse catégoriquement de transférer le siège de ses activités au Congo et de verser la contrepartie en devises d’exportation déjà réalisées suite au blocage des comptes et avoirs de l’UMHK au Congo décrété par le Président Mobutu.

Suite à ce refus, le 1er janvier 1967, l’État congolais s’octroie 60 % des actions de l’Union Minière du Haut Katanga et 40 % devraient être distribués à des tiers non encore définis. L’État congolais crée la Gécomines (Générale des Carrières des Minerais). Ensuite, en 1971, le Congo (Zaïre) crée la Générale des Carrières et des Mines (Gécamines) dans laquelle l’État congolais détient 100 % du capital.

Par ailleurs, la nationalisation va s’étendre à d’autres sociétés, comme la Mine d’or de Kilo-Moto qui appartenait à 98 % à l’État congolais ; un Office des mines d’or de Kilomoto (Okimo) est créé. La Bécéka, devenue société belge en 1960 (Sibeka), est remplacée par une société de droit congolais, la MIBA (Minière de Bakwanga).

Ces nationalisations seront tournées en dérision pendant le processus de privatisations sous la transition politique (1990-1995) avec l’arrivée au gouvernement de Transition du Premier ministre Kengo Wa Dondo, investi le 14 juillet 1994. Toutes les opérations sur les privatisations des sociétés d’État se sont passées sous la direction du Gouvernement Kengo. Sans que ni le Parlement de Transition (HCR-Pt) ni l’opinion ne soient informés du contenu des contrats que le gouvernement signe avec les acheteurs des sociétés d’État.

Au bout de ces opérations de privatisations dans le cadre de l’Ajustement structurel, le Fmi, la Banque mondiale (BM) et les multinationales occidentales reprennent le contrôle des sociétés nationalisées par Mobutu interposé. En effet, La société canadienne Barris Gold Corporation pour l’or de l’Office de Kilimoto (Okimo) et la société anglo-canadienne Banro Ressources et le Groupe belge Empain pour l’or de la Sominki (Société minière du Kivu). Le cobalt a été cédé au groupe belge Union minière SA et Malta Forest. Le cuivre au groupe suisse Benatar ; et le diamant au groupe canadien Caledonian mining corpration.

De toute façon, les tentatives l’indépendance économique voulue par Patrice Lumumba et Mobutu ont été liquidées par le Gouvernement Kengo avec le soutien de la Banque mondiale, du FMI et des multinationales occidentales.

Freddy MULUMBA

Rédaction
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